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An 20

Saison 2014-2015

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Edito

Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien


Tout va mal ! Ça se sait (pas toujours), ça se dit (pas toujours), ça se voit (pas toujours), ça se vit (pas toujours).
La peur de l’avenir en paralyse plus d’un. Le monde est plein de pas contents, de gémissants, on les comprend. Il y a aussi les toujours contents, les bêlants et leurs anesthésiants, serinant le petit catéchisme fun de l’air du temps.
Alors, dites-moi, qu’est-ce qui nous jette encore de l’avant?
Paradoxalement, l’incandescence de l’instant. Le charme de l’instant. Ce charme que l’artiste et le poète savent goûter parce qu’ils pressentent son irréversibilité. Larguer les amarres, devenir équilibriste de «la fine pointe du rarissime». Les mots ne sont pas de moi mais de Vladimir Jankélévitch, découvert il y a peu au hasard de lectures. La vie comme une création perpétuellement recommencée, une innovation continuée. Un irrépressible élan.
Éclats d’imprévisible nouveauté, Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien* se niche dans les entre-deux, les clairs-obscurs, les interstices, l’évanescent… Résidus insaisissables, ineffables qu’il faut rechercher activement. Se tenir prêt, faire le guet et bondir pour s’emparer des mystères et des ambiguités qui changent tout. Je vous rêve, spectateurs, vifs, à l’affût de ces impalpables et voluptueuses sensations qui échappent à l’emprise de l’intelligence rationnelle car «Anima se tait quand Animus la regarde.» (Parabole d’Animus et d’Anima pour faire comprendre certaines poésies de Rimbaud, Claudel)


Jeanne Pigeon, directrice artistique


*Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien, Volume 1, La manière et l’occasion, Vladimir Jankélévitch Seuil, 1980, Points Essais, 1981.